Psychological effects of rabies on the relatives of people who died from human rabies in Côte d'Ivoire between 2023 and 2025: Qualitative Observational Study
Cette étude qualitative menée auprès de 37 proches en Côte d'Ivoire révèle que les décès dus à la rage humaine provoquent une détresse psychologique profonde et durable, incluant le deuil, le traumatisme et la culpabilité, soulignant un besoin urgent d'intégrer un soutien psychosocial culturellement approprié dans la gestion de la rage afin d'atteindre l'objectif d'élimination de 2030.
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Résumé Technique : Effets Psychologiques de la Rage sur les Proches en Côte d'Ivoire
Énoncé du Problème
La rage est une zoonose presque 100 % mortelle ayant un impact épidémiologique profond, particulièrement en Afrique où l'on dénombre environ 24 000 décès annuels. Si les aspects cliniques et épidémiologiques de la rage humaine sont bien documentés, le fardeau psychologique pesant sur les proches des victimes reste largement inexploré. La progression rapide, inévitable et souvent traumatisante de la maladie, caractérisée par des symptômes neurologiques sévères et un pronostic fatal, expose les familles à un choc émotionnel intense. De plus, les activités de réponse à la rage existantes en Côte d'Ivoire et dans le monde se concentrent sur la prophylaxie post-exposition et la surveillance, sans qu'aucun soutien psychologique formel ne soit fourni aux familles endeuillées. Cette étude aborde le manque de compréhension des conséquences psychologiques spécifiques pour les proches d'individus décédés de la rage humaine confirmée ou suspectée.
Méthodologie
Cette recherche a utilisé un plan d'étude qualitative descriptive monocentrique menée entre janvier et juin 2026 au Centre Anti-Rabique (CAR) de l'Institut National d'Hygiène Publique (INHP) à Treichville, Abidjan.
- Population : L'étude a inclus des proches (conjoints, parents, frères et sœurs, enfants adultes ou cohabitants) d'individus décédés de la rage humaine confirmée en laboratoire ou suspectée entre 2023 et 2025.
- Échantillonnage : À partir d'une base de données de 128 décès et 837 contacts répertoriés, 37 participants ont été sélectionnés en fonction de leur lien avec le défunt, de leur capacité à articuler leurs expériences émotionnelles et de leur accessibilité. L'inclusion exigeait que les participants soient âgés d'au moins 18 ans et maîtrisent la langue française.
- Collecte de Données : Les chercheurs ont mené des entretiens individuels semi-directifs jusqu'à ce que la saturation des données soit atteinte. Les entretiens duraient de 30 à 60 minutes, étaient enregistrés de manière audio et transcrits textuellement.
- Analyse : Les données ont été analysées via le logiciel MAXQDA 2026 par une analyse thématique.
- Éthique : L'étude a reçu l'approbation du Comité d'Éthique de l'INHP (N° 00087/07/01/26/MSHPCMU/INHP/EKD/FC). La participation était volontaire, avec l'obtention d'un consentement verbal éclairé. Des mesures ont été prises pour protéger l'anonymat des participants et proposer des orientations vers un soutien psychologique.
Résultats Clés
L'étude a porté sur 37 proches (âge moyen 39,8 ans ; 59,5 % d'hommes). La majorité était composée d'agriculteurs ou de personnes sans instruction formelle, reflétant la démographie rurale et socio-économiquement vulnérable typiquement affectée par la rage.
- Parcours de Soins et Perception du Risque : La plupart des expositions étaient des morsures de chiens (32/37), souvent provenant de chiens errants. Un thème récurrent était la sous-estimation du risque, où les familles cherchaient initialement des remèdes traditionnels ou retardaient les soins médicaux en raison d'un manque de sensibilisation ou de barrières organisationnelles (ex: centres de vaccination fermés pendant les jours fériés).
- Expérience Diagnostique : L'annonce du diagnostic de la rage et de son pronostic fatal a été universellement décrite comme abrupte et traumatisante, induisant un choc, une surprise et une confusion immédiats.
- Réponses Émotionnelles :
- Pré-décès : Les émotions dominantes incluaient la tristesse (18/37), l'impuissance (15/37), le choc (9/37), la colère (8/37) et la culpabilité (7/37). Être témoin de l'agonie du patient et de l'incapacité de fournir un traitement curatif a été cité comme extrêmement éprouvant.
- Post-décès : Les participants ont rapporté un deuil profond, souvent exacerbé par les restrictions de santé publique qui empêchaient les pratiques funéraires traditionnelles (ex: voir le corps ou accomplir des rites coutumiers), entraînant des sentiments d'abandon et d'injustice.
- Manifestations Psychologiques Persistantes : Tous les participants (37/37) ont rapporté des souvenirs intrusifs. D'autres symptômes incluaient des troubles du sommeil/insomnie (24/37), des cauchemars (15/37) et l'évitement des animaux (11/37). Ces symptômes suggèrent une détresse psychologique post-traumatique et un deuil prolongé.
- Coping et Soutien : Les stratégies d'adaptation reposaient presque exclusivement sur des ressources informelles : la prière/la foi (28/37) et le soutien familial/communautaire (18/37). Aucun participant n'a déclaré avoir reçu un soutien psychologique formel.
- Besoins Non Satisfaits : Le principal besoin non satisfait identifié était le soutien psychologique (28/37), suivi de l'assistance financière et d'une meilleure information sur la prévention de la rage.
Principales Contributions
- Première Étude Locale : Il s'agit de la première étude en Côte d'Ivoire qui examine spécifiquement l'impact psychologique de la rage sur les proches endeuillés.
- Identification des Schémas de Traumatisme : L'étude documente que les séquelles psychologiques du deuil lié à la rage incluent des symptômes compatibles avec le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) et le trouble du deuil prolongé, alimentés par la nature soudaine du décès, la progression clinique horrible et le caractère évitable du dénouement.
- Lacune dans les Soins : Elle met en évidence une lacune critique dans le cadre actuel de gestion de la rage, qui manque d'une composante psychosociale pour les familles, malgré la forte prévalence des besoins émotionnels non satisfaits.
- Adaptation Constructive : L'étude note que certains proches ont transformé leur deuil en actions préventives (ex: sensibilisation communautaire, vaccination d'autres animaux), suggérant que les familles endeuillées pourraient servir d'agents de changement si elles étaient soutenues.
Signification et Revendications
L'article soutient que le fardeau de la rage s'étend au-delà de la mortalité pour inclure une souffrance psychologique profonde et durable pour les familles. Il affirme que l'absence actuelle de soutien psychologique exacerbe le traumatisme et entrave le potentiel des familles à devenir des agents de changement dans la prévention de la rage.
L'auteur conclut qu'intégrer une composante psychosociale culturellement appropriée dans la gestion de la rage est essentiel. Une telle intégration permettrait non seulement d'atténuer la souffrance des proches endeuillés, mais aussi de renforcer la sensibilisation et l'engagement communautaires, contribuant ainsi à l'objectif mondial d'éliminer les décès humains dus à la rage d'ici 2030. L'étude souligne que répondre aux besoins psychologiques des familles est une étape nécessaire vers une stratégie d'élimination de la rage holistique et efficace.
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